Le conte pour construire le « héros pluriel »

Contexte
L’immigration a changé le portrait culturel des écoles québécoises, principalement dans la région de Montréal, où l’on trouve une diversité jamais vue jusqu’à maintenant. En effet, les élèves viennent de partout. Au Québec, la classe d’accueil constitue un microcosme dont toute la société peut tirer profit, notamment en mettant en œuvre une pédagogie interculturelle active et centrée sur l’élève.

Dans ce contexte, le conte, qui représente l’un des plus anciens genres littéraires, paraît tout indiqué pour stimuler l’imaginaire de l’élève et favoriser le développement de sa connaissance de la littérature, qui prend racine dans les diverses cultures. Il y a donc lieu de l’exploiter en classe d’accueil dans une perspective interculturelle puisqu’il peut accroître la capacité de l’élève à interagir en français et à s’insérer dans la société d’accueil.

Ésimésac Gélinas à Saint-Élie-de-Caxton, au Québec, Snégourotchka dans les pays slaves, Bouqui et Malice en Haïti, Kalevala ou Reineke en Russie, Anansi l’araignée en Afrique occidentale ou le coyote pour les Amérindiens sont tous des exemples de héros, voire d’antihéros du conte populaire[1]. Les héros de tous ces contes sont parfois proches, parfois éloignés, soit dans leurs attributs physiques ou psychologiques, soit dans les causes qu’ils défendent ou les enjeux qui les motivent. Le besoin de se dire, de se raconter mutuellement pour mieux se comprendre et mieux vivre ensemble est naturel, d’où l’importance des actions suivantes pour les élèves :

– Parler en sous-groupe des héros des contes ayant marqué l’imaginaire de leur pays d’origine, choisir un héros et justifier leur choix devant la classe.
– Faire une recherche documentaire, guidée par l’enseignant, pour retrouver leur héros ou son équivalent dans la littérature écrite[2].
– Construire avec l’enseignant une grille de lecture[3] comprenant des particularités et des éléments universels[4] pour présenter un héros en équipe. Les élèves devront revenir sur les présentations en menant la discussion, de façon à regrouper dans une grille de grand format les particularités et les éléments universels des héros qu’ils ont retenus. Cette grille deviendra le matériau de base pour la conception du « héros pluriel[5] ».

Intégration des apprentissages culturels
En plus de découvrir de nombreux contes qui offrent un accès formidable aux héros de toutes les cultures, l’activité invite les élèves à s’entendre sur un « héros pluriel », celui qui illustre le mieux leurs idéaux et qui peut devenir le modèle de la classe, au-delà de la distance ou de l’éloignement spatial, temporel ou autre. Au fait, notre héros n’est-il pas caché en nous-mêmes, à la fois proche et éloigné, mais réimaginé, reconstruit, retravaillé, idéalisé?

[1] Le Petit Poucet, Blanche-Neige, le Petit Chaperon rouge, le Chat botté ou Cendrillon représentent plutôt des héros appartenant au conte moderne.
[2] Dans le cas où le conte en question relève d’une culture de l’oralité, les membres de l’équipe, accompagnés de l’enseignant, trouvent dans la littérature le héros qui ressemble le plus au héros de ce conte. Selon leur habileté à écrire et leur imprégnation de la trame narrative, ils peuvent aussi tenter de produire ce conte à l’écrit ou de bricoler.
[3] Pour réussir cette activité, il importe que l’enseignant développe, de prime abord, les grandes lignes de cette grille de manière que les élèves arrivent à participer activement à son élaboration et, par ricochet, à se l’approprier.
[4] Ces axes peuvent être explorés dans une double perspective spatiale et temporelle. Dans le premier cas, il est possible de faire des liens entre les caractéristiques physiques ou psychologiques du héros en tenant compte de son environnement immédiat, soit sa famille, sa communauté, sa région, son pays. Dans le deuxième cas, il est question de replacer le héros dans son époque en faisant des liens entre les causes ou les enjeux abordés et les types de regards qu’imposent les perspectives générationnelles ou intergénérationnelles de ces thèmes scientifiques ou socioculturels, ainsi que leur évolution au fil du temps. 
[5] Concept tiré de : Bernard LAHIRE, L’homme pluriel : les ressorts de l’action, Paris, Nathan, 1998, 272 p.